Aurélie se révèle dans la revue Rêve de Femmes N°49

Rêve de Femmes, C'est Quoi ?

Rêve de Femmes est une revue faite par les femmes, pour les femmes ainsi que pour tous ceux qui veulent connaître les femmes et qui se révèle être un espace de partage de connaissances, de compétences, d’expériences mais aussi et surtout de rêves. Rêve de Femmes c’est aussi un cercles de femmes soudées, une boutique et des artistes libérant leurs forces créatives toujours autour du thème de la femme et de la naissance. J’apporte ma contribution à la revue N°49, où je partage mes connaissances pour donner naissance en conscience.

Article Aurélie Mazerm Doula Revue Reve de Femme 49

Je Jouis donc Tu Nais

Au Coeur de la Connaissance Doula avec Experience Professionnelle

Mon rêve, avant de tomber enceinte de ma troisième fille, et même avant de rencontrer le papa, et même de vouloir un autre enfant, était d’accoucher à la maison.

 

Lettre C Article Doula Aurélie Mazerm 96x100 omme une décision intime prise dans un moment de rêverie. Une petite voix déterminée me raconte; ce sera un accouchement dans l’eau, à la maison et je me vois souriante, rayonnante d’une lumière divine ! Adolescente, j’ai été marquée par le visage de sainte Thérèse en extase. J’ai compris qu’elle jouissait, qu’elle bouillonnait d’ardeur, j’avais le même visage dans mon songe…

Mes deux premiers accouchements avaient été rapides, faciles certes ! Mais j’ai enfanté dans la douleur ! Depuis j’ai rencontré mon corps, ses limites et son potentiel de guérison. Sa capacité de se réguler, de se régénérer quand je l’écoute et l’accompagne. Tout d’abord il y a eu une rencontre. Rapidement une envie commune naît, tellement forte chez lui et moi, puis je suis enceinte. Pour cette grossesse, la préparation se résume à deux séances de chant prénatal et la lecture d’un seul livre, La Naissance orgasmique[1] . Voilà une lecture qui réveille chez nous de sacrés fantasmes ! Cela provoque aussi de la curiosité, une envie d’expérimenter… « C’est bon, à partir d’aujourd’hui, tu peux accoucher », me dit ma sage-femme, tranquillement. Paisiblement, je visite le parcours de cette grossesse, sans jugement, réparant quelques moments difficiles. Ce dont j’ai la certitude, c’est que tu veux être avec nous. Je « tendresse » mon corps bien rond, qui porte la vie.

Je porte la vie, je vais donner la vie, je suis la vie ! Les jours passent, dans une attente douce. Mon homme nous fait un cocon où il ne
manque rien. La piscine est gonflée, une belle playlist pour accompagner mon travail, des bougies. Cela fait une semaine que nous ne sommes que nous deux, c’est la grande vie, le quotidien s’organise entre le travail de mon chéri et les restaurants, les balades dans la
garrigue, en bord de mer, les bains chauds, un cinoche…
Maintenant, je suis impatiente, il me tarde d’accoucher. On me parle d’un acupuncteur.
Je prends rendez-vous. ll me pose cinq aiguilles, et me dit que pour le reste on va laisser faire la nature. Vendredi matin… le département est placé en vigilance orange pour le week-end, vents violents et pluies diluviennes, temps idéal pour accoucher ! Je finis une peinture que j’ai commencée, range la maison. Je la reconnais cette sérénité bien particulière. Comme toutes les fins d’après-midi depuis un mois maintenant mon ventre se durcit, et cette fois la contraction me ceinture, elle se fait profonde. Je vais redécouvrir des parties de mon corps en sommeil depuis neuf ans… J’ai envie de vivre chaque instant, le temps s’arrête pour moi, et pour toi, ma fille. On va vivre ça ensemble, cœur à cœur.

Je la sens prête. Je suis avec avec elle. Et Homme est avec nous. On finit tranquillement une partie de dames chinoises.

Je me prépare à sentir les eaux couler, dans mon esprit ça ne peut pas se faire autrement. J’ai vécu ça pour tes sœurs, le signal de la perte des eaux pour partir à la maternité, mais là il n’y a pas besoin de signal, il n’y a pas de départ. On reste à la maison, on reste dans notre nid. Et la poche des eaux restera intacte jusqu’à la poussée. Le travail se fait. Je m’assois en lotus dans la douche. Éric prépare la piscine dans notre chambre. À chaque montée, j’inspire, je ferme les yeux, je souffle en voyant un bouton de fleur s’ouvrir et éclore, tu es au centre, ma chérie. Je n’ai pas d’émotions particulières : peur, impatience, excitation, rien de tout cela. Je ne ressens pas de douleurs, de l’intensité seulement. J’arpente avec calme les sensations corporelles. Je me sens dans l’instant, Ie cceur ouvert accompagnant le travail de mon corps.  Je me demande parfois si la douleur de mes deux premiers accouchements n’était pas l’expression d’un refus. Si ce n’était pas l’expression de voir cette relation fusionnelle s’arrêter et cette rencontre apparaître ? Toujours est-il qu’aujourd’hui, j’ai soif de plaisir, de beauté, d’intensité. Je l’ai décidé ainsi, je le veux de tout mon être. La piscine est prête, je m’immerge et les contractions s’intensifient.

Le corps dans l’eau et les bras autour du cou de mon homme, ma tête contre son torse, je lui chante mes contractions. En réponse, il me vocalise son énergie, il m’offre sa force, me pénètre de sa voix et m’accompagne ainsi, avec une telle puissance. L’Amour ne sera plus jamais pareil pour moi, je le sens. L’accueil et l’ouverture non plus d’ailleurs. Je sens les flux d’hormones se succéder. Tantôt je m’endors, comme anesthésiée, tantôt je cherche mes mouvements, la main sur mon sexe, et j’ondule dans l’eau. Là je freine, une douleur intense me prend. J’ai soudain peur. Ouel sera le prix à payer, la contrepartie de cette permission que je me donne, d’accoucher dans le plaisir, de recevoir autant d’amour, de tendresse. Je ne perçois que vaguement les gestes de ma sage-femme. Elle est là maintenant et elle vérifie le col, la tension, discute avec Éric. Je suis épuisée, je ne vais pas y arriver, je veux aller à l’hôpital, je veux une
péridurale, je veux une césarienne, je veux accoucher demain, enfin un autre jour, pas maintenant. Un sourire et une phrase de Françoise, une seule me délivre : « Reste avec ton bébé ! ».
J’y suis, et c’est juste, j’ai droit à ce plaisir, c’est possible. De retour dans ma bulle, je suis accueillie par cette vague intense de plaisir. Je pousse, je râle et tu es là, je t’attrape, ma toute belle. Je n’ai jamais vraiment souri avant ce jour là, mon regard plongé dans le tien puis celui de ton papa. Plus qu’un moment de jouissance, il s’agit surtout d’une force qui a grandi en moi et qui me rappelle que je peux, que c’est possible, quelle que soit la difficulté au quotidien. Les couleurs de la séduction ont fané pour faire place à l’éclat de l’énergie sexuelle, la créativité, l’abandon et l’accueil.

[1] Elizabeth Davis et Debra Pascali-Bonaro, La Naissance orgasmique, Le Hêtre, 2010.

Que ce témoignage vous donne l’envie d’oser vous abandonner à la vie.

© Aurélie Mazerm Viard

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